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Des jeunes à Port-Margot développent la filière de papaye

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  • 14 févr.
  • 3 min de lecture

La production de papaye à Port-Margot, dans le département du Nord d’Haïti, illustre un bel exemple d’initiative entrepreneuriale portée par la jeunesse. Dans une vidéo récente publiée sur la chaîne YouTube d’Etzer Emile, l’économiste s’est rendu dans la commune de Port-Margot pour rencontrer un groupe de jeunes regroupés au sein de l’INIJAP (Initiative des Jeunes pour l’Avancement de Port-Margot). Ces jeunes, issus de divers horizons professionnels – enseignants, psychopédagogues, juristes ou organisateurs sportifs –, ont décidé de mettre en commun leurs ressources limitées pour développer la filière papaye et démontrer que l’agriculture peut générer de la richesse même dans un contexte difficile.



Le projet a démarré en mars 2025. Le groupe a opté pour la variété Maradona F1, importée des États-Unis via Saint-Raphaël, réputée pour sa productivité et sa résistance. Ils ont commencé avec environ 1 000 plants sur un terrain loué, avant de stabiliser autour de 634 plants productifs (majoritairement femelles, plus rentables). La culture se fait de manière biologique : utilisation de compost naturel (bagasse, fumier de poulet, paille de riz), sans produits chimiques, pour garantir une qualité supérieure aux importations. Les plants sont disposés sur des planches surélevées avec des canaux de drainage, adaptés à une zone marécageuse. Un puits a été creusé pour l’irrigation, essentielle dans cette région où l’eau pose souvent problème.


Les premières récoltes ont débuté en octobre 2025, soit environ quatre mois après la plantation. Les fruits sont vendus localement à Port-Margot et à Cap-Haïtien, directement ou via des revendeurs. Le groupe partage déjà 200 plants avec d’autres producteurs et coopératives voisines, favorisant une diffusion plus large de la culture. À terme, ils visent à approvisionner tout le Nord du pays et à développer une agro-industrie : transformation des papayes en produits à plus forte valeur ajoutée pour l’exportation vers les États-Unis, le Canada ou l’Europe.



Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. Une sécheresse sévère en juillet-août 2025 a failli détruire la plantation ; la pluie est arrivée in extremis fin septembre. Les attaques de la mouche des fruits du papayer (qui pond dans les fruits et provoque leur pourrissement) constituent une menace constante, tout comme les effets du réchauffement climatique. L’accès au foncier reste compliqué : la location du terrain a coûté entre 150 000 et 250 000 gourdes après de longues négociations. Le financement pose aussi problème : malgré des demandes auprès d’institutions, aucun prêt n’a été obtenu en raison de taux d’intérêt élevés et de lourdeurs administratives. Le groupe a donc démarré modestement, avec des apports personnels et des outils basiques.


Etzer Emile, connu pour son émission d’éducation économique sur Télé Caraïbe, présente cette initiative comme un modèle inspirant. Il souligne le potentiel inexploité de l’agriculture haïtienne, où la terre est sous-utilisée alors que le pays importe annuellement pour environ 1 milliard de dollars de fruits et légumes. Ces jeunes entrepreneurs prouvent qu’avec de la détermination, de la formation en gestion et un travail collectif, il est possible de créer des emplois, de réduire la dépendance aux importations et d’inspirer d’autres communautés. Ils incarnent une jeunesse qui refuse de se limiter aux diplômes théoriques et qui investit concrètement dans le développement local.



Cette expérience à Port-Margot montre qu’une révolution agricole par la base est envisageable en Haïti. Elle appelle à un soutien accru – investissements de la diaspora, accès au crédit abordable, amélioration des infrastructures routières – pour transformer ces initiatives isolées en filières structurées et durables. Un exemple concret que l’avenir du pays peut se construire aussi à travers la terre.



 
 
 

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